Confrérie Prolétaire des Trolls
Si tu n'es pas enregistré, enregistre toi !
Si tu n'es pas connecté, connecte toi !
Rejoins la lutte !


Forum de Jeu de Rôle et de Grande Stratégie amateur
 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 [Reviews] Umberto Eco

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: [Reviews] Umberto Eco   Dim 28 Mai - 14:34

Bon, petite introduction préliminaire (promis, je ferai les vrais trucs ensuite) : Kevin13 en parlait sur Discord, et je pense que ça pourrait être assez pertinent sous une certaine forme. On dispose d'un forum, on peut s'en servir pour poster des reviews de bouquins à présenter aux autres, avec pourquoi on leur conseille et pourquoi on leur conseille pas et tout.

Donc, je commencerai par présenter les livres d'Umberto Eco, parce que merde j'aime Umberto Eco. Et que comme ça ça vous donnera envie de le lire §

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   Dim 28 Mai - 15:01

Le Nom de la Rose


Autant commencer par le plus connu des livres d'Umberto Eco, le seul (hélas) à avoir été adopté au cinéma. C'est pas forcément mon préféré, mais il reste très très bon. Considérant que c'est un roman policier, je vais quand même tenter d'éviter les spoilers.

Le Nom de la Rose, c'est quoi ? C'est l'histoire, de base, de deux moines (Guillaume de Baskerville, franciscain et ex-inquisiteur et Adso de Melk, bénédictin) qui se rendent dans un monastère d'Europe du Sud, probablement à la frontière entre l'Italie et la Provence. Guillaume de Baskerville s'y rend pour préparer une rencontre entre des théologiens du Saint Empire Romain et des théologiens du Pape, tandis qu'Adso l'accompagne puisque sa famille, noble, l'a placé à ses côtés en apprentissage.

Sauf qu'assez vite, ça part en vrille, parce qu'il y a un mort, puis un autre, puis un autre... Le tout alors que le débat approche et que l'abbé du monastère s'inquiète de l'image que ça va donner.

Le film tiré du roman se contente, je crois, de ça ; on pourrait s'en contenter, mais ce serait rater toute la profondeur du roman.


En effet, Le Nom de la Rose n'est pas juste un roman policier vaguement placé dans le Moyen-Âge. C'est un roman qui se veut (narrateur intradiégétique et tout) être ancré dans l'Histoire et la logique. Il se présente comme une chronique des évènements faite par Adso, avec toutes les tournures de phrases et les références que ça peut impliquer, ainsi qu'avec une densité d'informations incroyables.
Par exemple, la querelle entre les théologiens du Saint Empire Romain et ceux du Pape a lieu pour plusieurs raisons : le Pape Jean XXII s'est installé à Avignon et tente des réformes qui ne sont pas du goût notamment des franciscains, qui sont à deux doigts d'être considérés comme tous hérétiques et fraticelles ; l'Italie est rongée par les hérésies encore plus violentes ; l'Empereur soutient les franciscains et leurs idées de redistribution des richesses (de l'Eglise) et de perte de pouvoir (de l'Eglise). Les théologiens papaux sont menés par Bernard Gui, inquisiteur (qui a réellement existé), et qui est moins là pour débattre d'un sujet religieux ("Jésus était-il propriétaire de ses biens ou en avait-il seulement l'usage ?") que pour affaiblir la position impériale.
Et toute cette querelle est intégrée de manière très naturelle au livre, sans que ça paraisse être un truc secondaire.

Toute la grande force du livre est là : ce n'est pas seulement, intrinsèquement, un très bon roman policier, c'est un roman historique si pointu qu'il en devient un vrai livre sur l'histoire. Tout y est logique, historique (à l'exception de quelques petits clins d'oeil), et s'il n'y a sans doute pas eu de débat entre des théologiens dans un monastère où avaient lieu des assassinats, le roman montre à la perfection comment ça aurait pu se passer.

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   Dim 28 Mai - 15:34

Le Cimetière de Prague


On quitte le Moyen-Âge pour mon deuxième Umberto Eco préféré, Le Cimetière de Prague. Il est eut-être encore plus ancré dans l'histoire que Le Nom de la Rose, ne serait-ce que parce qu'on a beaucoup plus de sources ; le roman se déroule en effet à la fin du XIXe siècle.

Le personnage est le "capitaine" Simonini, un italien. Le roman est un "journal" qu'il tient suite à un étrange accident qui semble le laisser amnésique ; suite aux conseils d'un docteur autrichien rencontré à Paris, monsieur "Froïde", il décide de se plonger dans son propre esprit pour comprendre ce qui lui est arrivé.

Si vous connaissez très bien la période, le nom du personnage principal vous dit peut-être quelque chose (celui de "Froïde", je pense que vous avez compris). Simonini est le petit-fils de Jean-Baptiste Simonini, un homme rentré dans l'histoire parce qu'il était le premier commentateur sur le forum politique de JVC. Peu après la Révolution Française, un abbé, Barruel, a écrit des "Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme", dans lesquelles il expliquait que la Révolution avait eu lieu du fait d'un complot de francs-maçons satanistes illuminati athées protestants templiers rose-croix. Simonini, lui, a envoyé une lettre à Barruel pour lui dire en substance "+1, mais et les juifs ?".

Avec un héritage comme ça, Simonini a un caractère assez particulier. Particulièrement si on y ajoute que son père, lui, est un carbonari laïque, qu'il n'a pas vraiment été bien traité pendant son enfance, et qu'il a un peu une vie de merde ; il perd la fortune de sa famille à cause d'un notaire connard, puis est forcé de travailler pour les services secrets, d'abord piémontais/italiens (en infiltrant l'expédition de Garibaldi) puis français, à Paris, généralement en tant que faussaire.


Et c'est là que le roman commence à briller. Parce que Simonini, psychopathe au sens presque clinique, ne va jamais hésiter à faire une chose ou l'autre ou à intriguer pour avoir plus de sous ; parce qu'il côtoie tous les milieux les plus complotistes de l'époque ; parce qu'il est de toutes les magouilles. L'affaire Dreyfus ? Il est impliqué. Léo Taxil ? Il est impliqué.
Et ça va encore un peu plus loin. Simonini déteste profondément les juifs. Il a passé toute son enfance avec son grand-père, puis toute sa vie adulte dans les milieux parisiens soit mystiques (où les juifs sont une cabale mystérieuse aux pouvoirs étranges) soit pré-fascistes (où les juifs sont les représentants du cosmopolitisme forcément étranger) soit de gauche (où les juifs sont les patrons). Le roman est une véritable plongée dans toute l'époque de l'antisémitisme.
Et ainsi, le faussaire qui déteste les juifs va finir par écrire, petit à petit, le plus grand faux de toute son histoire. Ce n'est pas vraiment un spoil ; c'est son but dès le début du roman, et il le peaufine, le poursuit, le prépare toujours un peu plus. Jusqu'à finalement écrire Les Protocoles des Sages de Sion, en sachant pertinemment que c'est un faux et, comme tous ses clients, en étant convaincu que le faux dit la vérité.

Le roman a été assez critiqué là-dessus, à tort à mon avis, parce qu'il dépeint une société violemment antisémite et un personnage qui y croit du fond du coeur. Mais le personnage de Simonini n'est pas un personnage dont on se dit qu'il est attachant, bien au contraire, et on voit assez bien tous les mécanismes qui fondent une telle société. Comme dans Le Nom de la Rose, le roman est très ancré dans la période, au point qu'il n'y a qu'une poignée de personnages non-historiques. Simonini fréquente l'élite française, les espions russes, les exilés italiens, les républicains et les monarchistes, et tous ou presque ont existé.
Le bouquin est très, très prenant, parce que la période est intéressante. Là où d'autres livres d'Umberto Eco étudient les complots (c'est le prochain !), Le Cimetière de Prague est un livre qui vit dans un complot.

Si Le Nom de la Rose était un Sherlock Holmes au Moyen-Âge (jusqu'au nom de Guillaume de Baskerville et à Adso qui est un Watson), Le Cimetière de Prague est un roman-feuilleton, mais écrit un siècle après la grande époque du roman-feuilleton.

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   Dim 28 Mai - 15:42

Le Pendule de Foucault


On a un jour demandé à Umberto Eco s'il n'avait pas l'impression que Dan Brown, avec son Da Vinci Code, était son fils spirituel parce qu'il avait écrit Le Pendule de Foucault. A ça, il a répondu que non, et que Dan Brown était tout au plus un de ses personnages.

Le Pendule de Foucault est le putain de meilleur livre d'Umberto Eco. Sans la moindre hésitation de ma part. Je développe un peu.

Le roman raconte l'histoire de trois amis : Casaubon le narrateur, un jeune limier éditorial (monsieur Wikipédia en somme, qui retrouve des connexions entre chaque fait), Jacopo Belbo, un éditeur plus vieux avec de vagues non-rêves d'écriture (et qui est virtuellement Umberto Eco, de par son histoire) et Diotallevi, un cabaliste plus ou moins juif (le sujet étant souvent source de débat entre Belbo et lui, pour savoir s'il est vraiment juif ou pas, mais Belbo le trolle et accepte qu'il soit juif s'il se sent juif, parce que why not).

Ces trois amis se retrouvent assez vite à travailler dans la même maison d'édition, où ils vont notamment se focaliser sur les livres complotistes, ésotériques, et autres oeuvres de Tsoukalos (Tsoukaloi au pluriel ?) en puissance.
Et c'est là que brille le roman. Parce qu'assez vite, ils trouvent que tout ce qui est écrit se ressemble, que les auteurs se pompent les uns les autres ; que si X dit que les Templiers ont fait ça et que Y cite X, alors ça prouve pour le milieu que X a raison puisqu'il est cité. En gros, que c'est tout un gigantesque système de serpent qui se mord la queue. Et ils décident donc de créer leur propre gigantesque théorie du complot, pour réunir un maximum d'idées et créer quelque chose d'original et de complet, le plus logique possible.
Et c'est là que brille... Je l'ai déjà dit. Mais le roman va, de là, mettre en opposition plusieurs groupes : les complotistes convaincus d'une part (qu'ils soient des illuminés ou des gens plus raffinés), dont la pensée est analysée comme le besoin de trouver des responsables autres que soi à ce qui arrive, les trois personnages principaux d'autre part, qui petit à petit se laissent emporter par leur jeu, et la femme de Casaubon qui garde les pieds sur terre, jusqu'à finir par secouer ce dernier pour lui expliquer, dans un résumé magistral, pourquoi le KOMPLO c'est de la merde.

Le livre est absolument fascinant pour deux raisons. D'une part, parce que son analyse des complots est extrêmement intéressante et à mon sens très juste, à savoir que c'est un milieu auto-alimenté, et d'autre part parce qu'il est extrêmement érudit. Il y a des références à la Kabbale, au bogomilisme, à l'histoire de la Russie, à la littérature... A chaque fois que je le relis, j'en apprends un peu plus.
En revanche, cette abondance de références le rend compliqué à lire et, honnêtement, je le suggèrerais pas comme premier Umberto Eco. Habituez-vous d'abord au style de l'auteur, ça aide à se laisser porter.


Mention spéciale aux extraits de "Roman" de Jacopo Belbo dans le livre, qu'il refuse de publier et pour une bonne raison, parce que c'est... Très très mauvais, et absolument hilarant à lire. Il y a encore plus une accumulation de références à la littérature, au cinéma, à la bande dessinée, et on sent absolument l'auteur-personnage qui veut en caler le plus possible, mais maladroitement.

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   Lun 29 Mai - 16:52

Baudolino


J'ai suggéré de commencer par un autre Umberto Eco ; probablement celui-là, qui est très agréable à lire.
Il est à noter qu'il y a un twist extrêmement intéressant dans le livre, que je ne spoilerai pas. Bere, t'as qu'à aller voir sur Wikipédia !

Baudolino, c'est quoi ? C'est qui, plutôt. C'est un italien du Moyen-Âge que Nicétas Choniatès rencontre pendant le pillage de Constaninople lors de la Quatrième Croisade. Il le sauve de brigands et, comme Nicétas est un historien, décide de lui raconter son histoire. Tout le roman alterne donc entre l'histoire de Baudolino (la majeure partie du temps) et leur départ de Constantinople où c'est un peu la merde.
Baudolino naît dans la Fraschetta, dans le sud du Piémont, d'un père paysan et d'une mère paysanne aussi. Dans son enfance, il rencontre Frédéric Barberousse et l'impressionne ; ce dernier l'adopte. Il l'impressionne, doit-on le préciser, par ses talents de menteur qui font se dire à Barberousse qu'il sera particulièrement pratique à avoir à ses côtés.
Et là, Baudolino va participer à un peu tout ce qui se passe en Europe à l'époque. Il sera des guerres contre la Ligue lombarde, il sera à Paris avec Kyot, Robert de Boron, l'Archipoète qui a écrit une partie de la Carmina Burana, il sera au siège d'Alexandrie dans les deux camps (puisqu'après tout, c'est son village parmi d'autres qui sert de base à la ville), et il sera à la mort de Frédéric Barberousse.

C'est cette évènement qui va déclencher la deuxième moitié de l'histoire, où Baudolino et ses amis décident de partir en quête du Royaume du Prêtre Jean. Tout au long de la première partie, ils ont créé ce Royaume quasiment de toutes pièces, en partant juste du principe qu'il était admis qu'il existait ; lorsque meurt Barberousse, leur protecteur, ils essaient donc d'aller le trouver, ce qui lance toute la partie "roman d'aventure" du roman.

Vous l'aurez compris, Baudolino est moins historique que les autres romans, mais tout aussi ancré dans l'histoire. La plupart des personnages sont historiques ou légendaires, le cadre est évidemment historique... Il est beaucoup moins complexe que les autres livres d'Umberto Eco, mais ça reste très franchement un de mes préférés. Il est plus traditionnel (voyage du héros, tout ça) et beaucoup plus facile à lire. En somme, il est swag.

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   Lun 29 Mai - 17:01

Numéro Zéro


Mon dernier pour la journée, Numéro Zéro. Si je le considère comme le plus faible des romans d'Umberto Eco, ça veut pas dire qu'il est mauvais, bien au contraire ; simplement, il est très court (moins de deux cent pages), et ça m'a un peu laissé sur ma faim parce qu'il est très dense.

Numéro Zéro, c'est l'histoire d'une fourberie. On y trouve deux histoires à la fois, à vrai dire ; d'un côté cette fourberie, et de l'autre l'analyse d'une théorie du complot. La fourberie d'abord.
Simei, un entrepreneur italien, décide de "lancer un journal", avec l'aide de Colonna, le narrateur et le seul à savoir la vérité. Car effectivement, ce journal, Domani, n'a rien d'un vrai journal : c'est un appât. Le journal prévoit d'être un tabloïd d'investigation, et le numéro zéro de celui-ci sera rempli d'informations lancées dans tous les sens, de théories alakon, et de pseudo-accusations, pour une simple et bonne raison. Pour Simei, faire fuiter le numéro zéro et le présenter à des patrons de presse est tout simplement un moyen de faire réagir tous ceux qui pourraient être inquiétés par l'existence d'un tel journal ou par ses informations et lui proposer des sous ou des avantages en nature. Ainsi, il n'aurait jamais à sortir le journal et à être juridiquement menacé, mais pourrait profiter sans problème.

Parallèlement, un des journalistes a une lubie, l'exécution de Mussolini. Il est persuadé que c'est un sosie qui a été assassiné à sa place et que Mussolini est resté caché pendant un moment, en attendant un coup d'Etat fasciste. Le personnage est évidemment présenté comme paranoïaque, mais ça permet à Umberto Eco de faire une plongée dans la société italienne de l'époque, avec toutes ses fourberies, ses Opérations Gladio, ses attentats, ses Années de Plomb, ses loges P2.

Le roman est assez intéressant pour cette étude des Années de Plomb, donc, mais hélas très rapide à mon avis ; j'ai été habitué à mieux d'Umberto Eco. Sur le même thème, je conseillerais plutôt Dolce Vita 1959-1979 et Les Nouveaux Monstres 1978-2014 de Simonetta Greggio, beaucoup plus incisifs.

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   Mar 30 Mai - 3:18

La Mystérieuse Flamme de la Reine Loana
(MFRL en plus court)


Le dernier roman d'Eco que je vais reviewer ici, puisque j'ai lu l'Île du Jour d'Avant une seule fois et y'a longtemps. MFRL est un roman un peu particulier, pour plusieurs raisons. Principalement parce qu'il est illustré, et parce qu'il a été peu apprécié par la critique, à mon avis à tort, même si ce n'est pas le meilleur (#EulPenduledeulFoucault)

Au début du roman, Giamba, le narrateur, se réveille. On lui apprend d'ailleurs à ce moment-là qu'il est Giamba, un vendeur de livres anciens quinqua-sexagénaire, marié, avec des enfants, ce genre de choses. Parce que Giamba a eu un accident et a presque tout oublié, à l'exception des gestes qui sont devenus naturels et habituels (comme se brosser les dents) ou des références qu'il connaît par coeur. Il découvre assez vite qu'il ne connaît en effet rien de sa vie, mais tout ou presque de ce qu'il a appris, à condition que ça ne soit pas trop personnelle. Pour faire une comparaison (n'ayant plus le livre sous la main), il sait que 1515 c'est la bataille de Marignan, mais pas qu'il aime bien lire un livre particulier dessus.

Assez vite, avec l'aide de sa femme, il va se replonger dans son histoire et essayer de la retrouver, en allant vivre quelques temps dans la maison de ses parents, dans le sud du Piémont.
Et c'est là que le roman brille (dieu que j'aime cette formulation), et qu'il a été beaucoup critiqué. Tout ce qui suit ou presque est une plongée dans la culture qu'il a accumulée au fil du temps, des hymnes fascistes de son enfance aux bandes dessinées, au cinéma, à la littérature. Il revit son histoire non pas à travers des évènements, mais à travers des faits qui lui rappellent ces évènements. Toute cette plongée est faite avec un attachement considérable pour les sujets détaillés, attachement qui, on s'en doute, est celui d'Umberto Eco (Giamba a vécu son enfance dans l'Italie fasciste et campagnarde, comme Belbo dans le Pendule et comme un monsieur né en 32 à Alexandrie).

Il n'y a pas grand chose de plus à dire sur le roman et, même s'il y a d'autres trucs sympathiques, il faut le lire à mon sens en se laissant porter de référence en référence, sans chercher une réelle intrigue ou des secrets, juste en appréciant cette plongée. Un très bon livre, mais très expérimental aussi.

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Dodo
Le conquérant du pain
Le conquérant du pain
avatar

Messages : 1152
Date d'inscription : 20/11/2011
Age : 23

MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   Mar 30 Mai - 3:26

Conclusion et Suggestion Finale


Il y a un truc que je n'ai pas mentionné dans toutes ces reviews, c'est à quel point la pensée d'Umberto Eco structure ses romans. Eco était en effet un sémioticien, qui étudie les signes et les sens. Je ne vais pas vraiment m'étendre là-dessus parce que c'est un sujet extrêmement pointu, mais c'est quelque chose qui imprègne réellement ses romans, parce qu'on sent qu'il cherche à chaque fois à gratter un peu, à comprendre ce qui est quoi, quelle est la symbolique d'un discours ou d'un simple mot. J'ai beaucoup de mal à l'expliquer mais, très honnêtement, c'est cette impression un peu vague qui m'a donné l'envie, notamment, de me mettre à la linguistique (la sémiotique étant un domaine de la philosophie du langage, plus ou moins, un peu, vaguement). J'ai une énorme tendresse pour Umberto Eco et ses analyses donc, et dès que j'aurai accès à une librairie majeure, j'essaierai de me procurer ses ouvrages théoriques.

Parce qu'Umberto Eco n'a pas écrit que des romans, c'est aussi et avant tout un scientifique, bordel de merde. Bon, il a aussi écrit des nouvelles et des chroniques, et ça tombe bien, parce que c'est ma dernière suggestion : Comment voyager avec un saumon. C'est une compilation de travaux (chroniques, billets d'humeur, pseudo-roman épistolaire, études pseudo-scientifiques) écrites notamment pour un journal, et c'est absolument à mourir de rire. Ça se feuillette tranquillement et c'est fun, parce que ça touche à des sujets parfois purement humoristiques ("Comment voyager avec un saumon", donc), parfois de société (Comme celle-ci, sur la télé-réalité : https://compagnieaffable.wordpress.com/2016/10/03/umberto-eco-comment-retrouver-lidiot-du-village-a-la-tele/).

Lisez. Maintenant.

_________________
Aedhr a écrit:
Parce qu'au moins, Dodo à l'intérêt de donner des arguments logiques.

Beregil a écrit:
Pourquoi parle-t-on soudainement de viol et de pornographie quand le nom de Wellan est cité ?

Citation :
[23:08:52] Anthonyuss : Et toi Arz, tes exploits sur Warcraft ?
[23:09:21] Arzgluf : afk

Grand Capitaine Haddockov du CPTS Licorne.
C'est une prosopopééééééée... Qui dit "Non non, non non, nooooon !"
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [Reviews] Umberto Eco   

Revenir en haut Aller en bas
 
[Reviews] Umberto Eco
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Brigade spéciale - Umberto Lenzi [Ciné/Critique]
» numéro de gsm de papa brixhe svp
» Reviews de la fic d'Ava
» UMBERTO † une sieste crapuleuse dès le matin c'est ce qu'il y a de mieux!
» UMBERTO D. SERRANO ► niko pepaj

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Confrérie Prolétaire des Trolls :: La Prairie des Poneys :: Culture :: Littérature-
Sauter vers: